J'ai reçu ma convocation hier. Il ne me reste que quelques heures avant de devoir prendre le train pour Vierzon. J'ai déposé le médaillon dans l'église ce matin avant de finir ma valise.
C'est avec un pincement au cœur que je rends les clés de mon appartement. J'aime sa vue sur le port et l'ambiance qui règne dans le petit café situé au rez-de-chaussée. Les habitués accoudés au bar, l'odeur d'iode mêlée à celle du café et du vin…
Avant de partir, je veux prendre le temps de faire mon parcours quotidien. Depuis que j'ai été envoyée ici, pas une journée ne s'est passée sans que je ne répète ce même rituel. Il met de l'ordre dans mes idées.
Je laisse le Café derrière moi et me lance dans le village. Je passe devant le Phare. Sur son flanc, les années des grosses tempêtes sont gravées à hauteur des vagues qui l'ont défiées. Comme cette fameuse année où les éléments ont été vraiment en colère. Pour la première fois, une vague gonflée d'arrogance a mordu l'impassible tour au niveau du toit de l'église. Mais aujourd'hui, l'océan est paisible.
Je poursuis lentement jusqu'à la Jetée située juste derrière, sur laquelle les jeunes pêcheurs s'installent souvent. La nuit, les éclaboussures déposées entre les pavés de la Jetée sont comme une écriture d'un autre monde qui brille sous la pâle lumière de la Lune. Je me rends ensuite à l'angle de la Pharmacie et de la Criée, faire un dernier signe de main à mon ami « l'Apothicaire ». Je lui rends sa carte oubliée au café, et lui, me rappelle à contre-cœur qu'il est déjà temps pour moi de partir. Je cours pour ne pas rater mon train. Un coup d'œil à l'horloge de la minuscule Gare me confirme qu'il ne faut pas traîner…
Je m'installe dans le train, mon téléphone à portée de main. J'espère recevoir le code m'indiquant que le médaillon est sur le point d'être trouvé d'ici la fin du trajet. C'est ma dernière chance d'accéder au niveau supérieur.
Lucia